Cannabis et schizophrénie : la légalisation canadienne a-t-elle amélioré la santé mentale ?

Le Canada a légalisé le cannabis en 2018, une décision qui continue de susciter des débats, notamment en ce qui concerne ses effets sur la santé mentale. Pourtant, une récente étude met en lumière un phénomène inattendu : la réduction des hospitalisations liées à la schizophrénie après la légalisation. Un paradoxe ou une conséquence logique des politiques de régulation ?

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Par Paolo Garoscio Publié le 20 mars 2025 à 6h39
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Depuis le 17 octobre 2018, le Canada est l’un des rares pays à avoir fait le pari de la légalisation du cannabis à des fins récréatives. Si les discussions se focalisent souvent sur les questions économiques et sécuritaires, un aspect reste peu exploré : les impacts sur la santé mentale, en particulier chez les patients atteints de schizophrénie. Contrairement aux craintes largement médiatisées d’une explosion des crises psychotiques, de nouvelles recherches démontrent que la légalisation aurait plutôt réduit les hospitalisations liées au cannabis et aux troubles mentaux. Quelles en sont les causes ? Et surtout, que peut-on en tirer comme enseignement sur la régulation du marché du cannabis ?

Moins d’hospitalisations après la légalisation du cannabis au Canada : un constat qui peut paraître paradoxal

Une étude récente, publiée dans le journal Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology, a analysé les données de 121 061 patients schizophrènes entre 2015 et 2021 au Canada. Les résultats sont pour le moins surprenants :

  • Diminution des visites aux urgences liées au cannabis chez les patients schizophrènes après la légalisation.
  • Baisse des hospitalisations pour troubles psychotiques induits par le cannabis, notamment chez les hommes.
  • Une inversion des tendances : avant la légalisation, le nombre d’hospitalisations ne cessait d’augmenter mois après mois.

Les chercheurs notent que cette réduction est particulièrement marquée après la première phase de légalisation, lorsque seuls les produits bruts comme les fleurs et herbes étaient disponibles. En revanche, la seconde phase de légalisation, qui a permis la vente de produits comestibles et concentrés, n’a pas entraîné de changement significatif sur les hospitalisations (Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology, 2024).

Pourquoi la légalisation du cannabis a-t-elle amélioré la situation ?

Ce constat semble à première vue paradoxal : la légalisation aurait dû accroître l’accès au cannabis et, donc, potentiellement intensifier les risques psychotiques. Pourtant, plusieurs explications viennent éclairer ces résultats inattendus.

Une meilleure qualité des produits régulés

Avant la légalisation, le marché noir dominait, avec des produits souvent mal dosés, contenant des taux de THC élevés et des résidus toxiques. La mise en place d’une régulation stricte a permis de garantir une meilleure qualité du cannabis vendu légalement, réduisant ainsi le risque d’intoxication et d’effets délétères sur les patients vulnérables.

Une réduction du stress lié à la criminalisation

L’illégalité du cannabis exposait les consommateurs atteints de troubles mentaux à des situations stressantes : arrestations, amendes, stigmatisation sociale. En régularisant son accès, les patients ont pu mieux gérer leur consommation sans crainte de poursuites judiciaires, ce qui pourrait avoir réduit les épisodes de stress aigu liés à la schizophrénie.

Une meilleure information et prévention

Contrairement au marché noir, le marché légal impose des avertissements clairs sur les emballages et des conseils d’utilisation. Les consommateurs vulnérables, y compris les schizophrènes, sont donc mieux informés des risques liés à une consommation excessive.

Le cannabis : facteur de risque ou outil thérapeutique ?

Ces résultats relancent une question plus large : le cannabis est-il réellement un déclencheur de crises psychotiques ou un outil de stabilisation pour certains patients ? Bien que certaines études indiquent que la consommation de THC à fortes doses peut aggraver la schizophrénie, d’autres suggèrent que des composés comme le CBD (cannabidiol) auraient des effets protecteurs contre la psychose.

Par ailleurs, aux États-Unis, une étude publiée dans JAMA Network Open en 2022 a révélé qu’aucune corrélation statistiquement significative n’existait entre la légalisation du cannabis et l’augmentation des cas de psychose. Autrement dit, la légalisation ne s’accompagne pas nécessairement d’une explosion des troubles psychiatriques .

Faut-il revoir notre approche du cannabis et de la santé mentale ?

Loin des clichés véhiculés par les médias, les données actuelles montrent que la légalisation du cannabis au Canada a eu des effets bénéfiques inattendus sur la santé mentale des patients schizophrènes.

Si ces résultats se confirment dans d’autres pays, cela pourrait bien bouleverser notre compréhension des liens entre cannabis et psychose. Et peut-être faire enfin évoluer la politique mondiale.

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Après son Master de Philosophie, Paolo Garoscio s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013. Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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