L’Agence britannique de sécurité sanitaire (UKHSA) a dévoilé, le 25 mars, une liste de 24 maladies qualifiées de « pathogènes prioritaires ». L’objectif ? Anticiper, baliser, et surtout, orienter les efforts de recherche pour éviter une nouvelle pandémie. Ces maladies, aux modes de transmission variés, aux conséquences parfois dévastatrices, incarnent les nouveaux visages d’un danger sanitaire mondial. Cette stratégie, à forte portée politique et scientifique, s’inscrit dans la lignée des leçons tirées du Covid-19.
Maladies infectieuses : les 24 menaces que le Royaume-Uni prend au sérieux

Des maladies sous haute surveillance
Parmi les critères qui ont présidé à l’élaboration de cette liste, l’UKHSA mentionne explicitement la gravité clinique, la capacité de transmission et les précédents historiques de flambées épidémiques. La famille des coronaviridae (incluant le SARS-CoV-2), celle des flaviviridae (Zika, dengue, fièvre jaune) ou encore les agents responsables de maladies zoonotiques comme la fièvre de Lassa ou le virus de Nipah, figurent dans ce registre. Selon le communiqué officiel du gouvernement britannique publié sur le site gov.uk le 25 mars 2025, ce classement ne vise pas à prédire quelle sera la prochaine pandémie, mais à concentrer les investissements scientifiques là où « ils peuvent avoir le plus d’impact ».
Dans le même texte, la docteure Isabel Oliver, directrice scientifique de l’UKHSA, a déclaré : « Cet outil est un guide essentiel pour l'industrie et le milieu universitaire, mettant en évidence les domaines où la recherche scientifique peut être ciblée afin de renforcer la préparation du Royaume-Uni face aux menaces sanitaires. » Derrière cette démarche se cache une ambition claire, muscler le développement de diagnostics, vaccins et traitements pour ne plus revivre l’improvisation massive des premières semaines de la crise Covid.
Maladies infectieuses : 24 alertes sanitaires en puissance
Elles sont 24. Certaines sont connues du grand public, d’autres beaucoup moins. Toutes sont jugées préoccupantes, non pas pour leur présence actuelle, mais pour leur potentiel de disruption épidémique à l’avenir. Le Mpox (anciennement variole du singe), le Chikungunya ou encore l’Ebola ne sont pas là pour faire joli dans un tableau Excel. Leur présence, selon l'article de CNEWS, renvoie à une logique de santé mondiale : des maladies émergentes ou réémergentes, souvent tropicales, mais potentiellement globalisées par la mobilité humaine et le changement climatique.
On y retrouve aussi des pathogènes classiques comme la grippe, le staphylocoque, ou les streptocoques A et B. Leurs modes de transmission, aérosols, fluides biologiques, contacts indirects, ont été méticuleusement analysés. Plus inquiétants encore : des syndromes neurologiques rares comme la paralysie flasque aiguë ou des pathogènes bactériens multi-résistants comme les entérobactéries. Le lien avec l’antibiorésistance est ici direct : la menace n’est plus seulement virale, elle est aussi pharmaco-défaillante.
Le Royaume-Uni entre proactivité sanitaire et réhabilitation politique
Si cette liste revêt une dimension scientifique, elle a également des allures de mea culpa politique. Cinq ans après une gestion très critiquée de la crise du Covid-19, plus de 232 000 morts selon l’OMS, le gouvernement britannique semble vouloir regagner un peu de crédibilité en matière de veille sanitaire. Le média Brut, dans son article du 27 mars 2025, rappelle que « cinq ans après la pandémie de Covid-19, le sujet est toujours sensible au Royaume-Uni, où le gouvernement conservateur de l’époque a été accusé d’avoir réagi trop tardivement à la crise ».
La stratégie actuelle marque donc une rupture : publication annuelle d’une liste révisée, appels ciblés à la recherche académique, et mobilisation des investisseurs privés. En clair, transformer la prévention sanitaire en projet d’innovation nationale. Mais cette liste est-elle réellement suivie d’actions concrètes ? Une question qui reste posée, tant les promesses d’intentions ne suffisent plus face à des agents infectieux qui, eux, n’attendent jamais.
Et après ? Des virus, des moustiques… et des promesses
Au-delà de la symbolique, cette liste questionne la capacité des gouvernements à agir avant l’irréparable. Car dans ce catalogue, certaines menaces restent largement sous-radar : la fièvre d’Oropouche, transmise par des moucherons, le métapneumovirus humain, ou encore la moraxellacée, famille bactérienne peu connue du grand public mais responsable d’infections sévères. L’UKHSA, dans sa communication, affirme que le document « doit être utilisé avec d'autres informations, le cas échéant, et représente un instantané à un moment donné. »
Autrement dit : ce n’est qu’un point de départ. Face à l’urgence climatique, à l’essor de la mobilité mondiale et à la recrudescence des zoonoses, cette liste, aussi utile soit-elle, ne pourra jouer son rôle que si elle s’accompagne de plans d’action robustes, de financements pérennes et d’une coordination internationale sérieuse.