La suspension soudaine de l’aide américaine à la lutte contre le sida fait planer un risque majeur sur les avancées obtenues ces dernières décennies. Face à cette situation, la directicte de l’Onusida, Winnie Byanyima, alerte sur les conséquences sanitaires à l’échelle mondiale, avec des répercussions directes pour les pays à faibles revenus mais aussi des menaces potentielles pour les pays européens.
Lutte contre le Sida : l’ONU s’inquiète de la fin de l’USAID

Le risque d'une nouvelle pandémie mondiale du sida
Lors d’une conférence de presse organisée à Genève le 24 mars 2025, la directrice exécutive de l'Onusida, Winnie Byanyima, a exprimé de vives inquiétudes quant à l’avenir de la lutte contre le VIH. La cause de cette alerte : la décision des États-Unis de suspendre une large partie de leur aide financière à la prévention et au traitement du sida via l’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international). « Les coupes budgétaires américaines font qu'aujourd'hui, 27 pays d'Afrique connaissent des pénuries de personnel et des perturbations dans les systèmes de diagnostic et de traitement... » a déclaré Winnie Byanyima. Cette interruption de financement compromet des années d’efforts en matière de prévention et de suivi médical, exposant les systèmes de santé les plus vulnérables à une véritable débâcle sanitaire.
D’après les estimations de l'Onusida, cette rupture brutale des financements pourrait entraîner 6,3 millions de décès supplémentaires liés au sida dans les quatre prochaines années. La directrice de l’agence onusienne a insisté sur la gravité de la situation en affirmant : « Nous risquons de perdre les progrès réalisés au cours des 25 dernières années. C'est très grave ».
Outre la hausse probable des décès, cette suspension affaiblit fortement les infrastructures médicales en place, menaçant la détection précoce, le suivi des patients et les actions de prévention. De nombreuses cliniques ont déjà fermé, et les pertes d'emploi dans les secteurs médicaux concernés se multiplient.
L'impact des coupes budgétaires sur les programmes de santé mondiaux
Les États-Unis, via l’USAID et le programme PEPFAR (Plan d'urgence du président des États-Unis pour la lutte contre le sida), sont historiquement les principaux bailleurs de fonds mondiaux en matière de lutte contre le VIH. Ces dispositifs ont permis de financer de vastes programmes de soins et de prévention dans plusieurs pays particulièrement exposés.
L'Onusida elle-même dépend à 50 % de la contribution américaine pour son fonctionnement. Cette part essentielle de son budget assure la coordination et le soutien des initiatives de prévention, de traitement et de surveillance du VIH dans les zones les plus touchées, notamment en Afrique subsaharienne. Le retrait soudain de ces financements crée ainsi un vide considérable.
La Tanzanie, par exemple, finance à 94 % sa lutte contre le VIH grâce à l’aide extérieure, tandis que l’Ouganda dépend à 90 % de ce type de soutien. Des pays comme le Kenya (63 %) ou l’Afrique du Sud (76 %) risquent également de voir leurs infrastructures médicales fragilisées, augmentant les risques de résurgence du virus du sida. Les conséquences ne se limitent cependant pas à l’Afrique. Des régions comme l’Europe et l’Amérique latine, où les taux de contamination sont en hausse, pourraient également subir une propagation accélérée du VIH en raison de la diminution des financements internationaux.
Winnie Byanyima presse Washington d’agir sans délai
La directrice de l'Onusida, Winnie Byanyima, a exhorté les États-Unis à revenir sur leur décision de suspendre l’aide humanitaire liée à la lutte contre le VIH.
Elle a alerté sur les effets immédiats de cette mesure, menaçant les avancées réalisées ces dernières décennies. « Nous demandons que cette décision soit revue au plus vite, car l’impact est déjà visible sur le terrain », a-t-elle déclaré.
Un appel à l'ensemble de la communauté internationale
Estimant qu’un revirement américain est incertain, Winnie Byanyima a appelé les puissances économiques à intervenir. Elle a insisté sur la nécessité d’un soutien urgent pour maintenir les services de prévention et de soins.
L’Onusida prévient que les pays africains les plus touchés ne pourront pas faire face seuls à cette perte de financement. Sans aide supplémentaire, la propagation du virus pourrait s’accélérer et menacer d’autres régions, y compris l’Europe. Pour le moment, aucun pays n'a encore répondu à l'appel, ni annoncé qu'il envisageait de participer à combler le vide laissé par les coupes budgétaires américaines.