Le 25 mars 2025, un rapport de la Fédération hospitalière de France (FHF) fait un état des lieux de la santé mentale dans le pays. Si la « santé mentale » devient Grande Cause nationale en 2025, ce n’est pas par hasard : partout sur le territoire, accéder à un soin psychiatrique relève du parcours du combattant. Des enfants aux adultes, les troubles se multiplient, les structures saturent, et les chiffres s’emballent.
Santé mentale : un accès aux soins de plus en plus dégradé

Santé mentale : la saturation des services psychiatriques atteint un seuil critique
Les services de psychiatrie publics sont à la limite de la rupture. Le dernier sondage Ipsos commandé par la FHF est sans appel : 52 % des Français ayant été confrontés à un trouble mental déclarent avoir rencontré un problème d’accès aux soins. Parmi eux, 22 % n’ont pas réussi à obtenir de rendez-vous avec un psychiatre. Autant dire que pour des milliers de patients, l’urgence devient chronique. Arnaud Robinet, président de la Fédération hospitalière de France et maire de Reims (Horizons), ne mâche pas ses mots sur BFMTV : « L'accès aux soins en santé mentale reste très dégradé ».
Il alerte aussi sur la saturation des centres médico-psychologiques (CMP) où les listes d’attente sont monnaie courante et où les généralistes sont débordés. La crise est visible dans les moindres interstices du système : 35 % des personnes souffrant de pathologies mentales ont dû faire face à des ruptures de traitement ou à l’impossibilité de renouveler leurs médicaments dans les délais. Sur le terrain, les élus locaux tirent la sonnette d’alarme : « Beaucoup de maires sont confrontés à ces situations de personnes souffrant de troubles mentaux ou psychiatriques qui décompensent faute de suivi de leur traitement », explique encore Arnaud Robinet.
Santé mentale : une jeunesse en détresse hospitalisée en masse
Les chiffres issus de la FHF révèlent une tendance inquiétante. Les hospitalisations en pédopsychiatrie ont dépassé de 32 % les prévisions pour l’année 2024. Chez les 5-19 ans, les pathologies liées à la toxicologie, les intoxications volontaires et les prises d’alcool explosent : +25 % par rapport aux attentes. Cette flambée des prises en charge concerne également les addictions : +62 % d’hospitalisations chez les 10-15 ans, +17 % chez les 15-20 ans, et +13 % pour les jeunes adultes de 20 à 30 ans.
Des chiffres qui ne laissent aucune place au doute : la santé mentale des jeunes se dégrade à un rythme vertigineux. Pour le professeur Ludovic Gicquel, responsable du pôle de psychiatrie infantile à l’hôpital de Poitiers, la cause est structurelle. Il a précisé sur Franceinfo que ces jeunes subissent : « un niveau de souffrance qui déborde tellement qu'il ne peut plus être contenu, ni dans le cercle familial ni à l'école ». Il a également ajouté : « Avec des moyens stables ou en baisse depuis 5, 10, 15 ans, il existe une forte inadéquation entre une réalité de terrain et la manière d'y faire face. »
Santé mentale : une Grande Cause nationale... mais avec quels moyens ?
Désignée Grande Cause nationale pour l’année 2025, la santé mentale semble enfin faire l’objet d’une reconnaissance politique. Sur le papier, le programme est ambitieux : déstigmatiser les troubles psychiques, renforcer l’accès aux soins, améliorer le repérage précoce, accompagner les patients dans leur quotidien. Mais derrière l’affichage gouvernemental se profile une question simple : où sont les moyens ? Depuis quinze ans, le financement de la pédopsychiatrie reste atone, et les recrutements stagnent.
Dans de nombreux territoires, les professionnels désertent ou craquent. Un patient sur deux en souffrance mentale voit son accès aux soins entravé, un chiffre qui en dit long sur la distance entre les promesses de l’État et la réalité des services. Il faut aussi rappeler que selon les données du ministère, un Français sur quatre sera confronté à un trouble mental au cours de sa vie. Malgré cela, 70 % des citoyens continuent à adhérer à des stéréotypes négatifs sur les personnes atteintes de troubles psychiatriques, contribuant à leur isolement social et à leur retard de diagnostic.
Une dérive silencieuse vers l’hôpital faute de soins en amont
Pourquoi une telle hausse du recours à l’hôpital ? Arnaud Robinet avance une hypothèse claire : la défaillance de la médecine de ville. Faute de prise en charge en amont, les pathologies s’aggravent jusqu’à nécessiter l’hospitalisation. Ce décalage systémique entre la souffrance psychique croissante et l’offre de soins disponible produit une spirale tragique.
Les autorités sanitaires, dans la feuille de route nationale Psychiatrie et Santé mentale 2018-2026, soulignent l’urgence de développer l’accès aux soins partout sur le territoire. Mais pour l’heure, les objectifs restent suspendus dans le vide bureaucratique.